Poésie Mosaïque. Atelier du 2 juillet 2026
Lisez lentement les six poèmes.
Dans chacun, choisissez :
Au moins 6 fragments,
un provenant de chaque poème.
Disposez vos fragments devant vous.
Construire ensemble un seul poème.
utiliser au moins un fragment de chaque auteur ;
ajouter des phrases personnelles ;
trouver un titre commun.
Sensation
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.
Rimbaud
Green Paul Verlaine
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.
J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.
Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
Un soir d’été Guillaume Apollinaire
Le Rhin
Qui coule
Un train
Qui roule
Des nixes blanches
Sont en prière
Dans la bruyère
Toutes les filles
À la fontaine
J’ai tant de peine
J’ai tant d’amour
Dit la plus belle
Qu’il soit fidèle
Et moi je l’aime
Dit sa marraine
J’ai la migraine
À la fontaine
J’ai tant de haine
Saisons Lucie Delarue-Mardrus
En mai, dans le jardin où tous deux cheminions,
La rosée allumait au soleil ses facettes ;
Les branches soupesaient indolemment leurs fruits
Encor verts par-dessus les grillages détruits ;
En août, nos doigts gourmands ont laissé des fossettes
Dans la ronde chair rouge et verte des brugnons.
En octobre, les fruits ne seront plus aux branches,
L’automne répandra sa légère rousseur ;
Décembre nous rendra les lampes et la table,
Mais ta bouche est un fruit rouge, mûr et durable,
Et mes dents y viendront mordre de si bon cœur
Que j’oublierai l’hiver et ses pelouses blanches.
L’Inquiet Désir Anna de Noailles
Voici l’été encor, la chaleur, la clarté,
La renaissance simple et paisible des plantes,
Les matins vifs, les tièdes nuits, les journées lentes,
La joie et le tourment dans l’âme rapportés.
Voici le temps de rêve et de douce folie
Où le cœur, que l’odeur du jour vient enivrer,
Se livre au tendre ennui de toujours espérer
L’éclosion soudaine et bonne de la vie,
Le cœur monte et s’ébat dans l’air mol et fleuri.
Mon cœur, qu’attendez-vous de la chaude journée,
Est-ce le clair réveil de l’enfance étonnée
Qui regarde, s’élance, ouvre les mains et rit ?
Est-ce l’essor naïf et bondissant des rêves
Qui se blessaient aux chocs de leur emportement,
Est-ce le goût du temps passé, du temps clément,
Où l’âme sans effort sentait monter sa sève ?
Ah ! mon cœur, vous n’aurez plus jamais d’autre bien
Que d’espérer l’Amour et les jeux qui l’escortent,
Et vous savez pourtant le mal que vous apporte
Ce dieu tout irrité des combats dont il vient…
L’été 92
Imposait ses touffeurs S’agrippait à nos corps Brouillait de son éclat L’enchevêtrement des rues Le défilé des cars Le cortège des touristes Égayaient Paris L’hirondelle fantasque Accompagnait nos rires Ailleurs Cris et coups martelaient la terre Plaies et cendres se succédaient | A l’image : Faces gercées Filaments de bras Regards taris Torses arides Massacres et ruines La mort vorace Partout Ce fut pourtant l’été Des Jeux de Barcelone L’été d’amours naissantes Sous l’étoile de juillet. (Andrée Chedid) |
Et en lisant, découpant, écrivant, les participantes ont écrit
Les fragments découpés sont en caractères gras.

L'été 92
Sous l'étoile de juillet, je rêve
Voir l'été encor, la chaleur, la clarté et la douceur du matin
qui accueille
le défilé des cars
Dans l'enchevêtrement des rues.
Au loin, voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour toi
comme la renaissance simple et paisible des plantes
Le coeur monte et s'ébat dans l'air moi et fleuri.
Et , je laisserai le vent baigner ma tête nue.
J'ai tant d'amour pour toi, l'ETE
J'adore les matins vifs, les tièdes nuits, les journées lentes.
Les soirées familiales, à la campagne,
où chacun de nous, enfants, en août 92,
de nos doigts gourmands ont laissé des fossettes
dans la ronde chair rouge et verte des brugnons.
Mais, l'été passe trop vite, le voilà qui se prépare à laisser sa place;
L'automne reprendra sa légère rousseur;
Et je pense toujours, à toi, toi, été, qui n'es que douceur.
Elisabeth, Gigi, Simona
2 juillet 2026




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