Expressions et blessures cachées.
- eviemercier
- 16 déc. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 févr.
Quand mes posts quotidiens réveillent des blessures :
« C’est un sacré loustic ! »
Le mot loustic apparaît en français au XVIIIᵉ siècle, et il arrive… en uniforme 🎖️Il vient bien du germanique lustig, qui signifie gai, joyeux, enjoué.
À l’origine, le loustic n’est pas juste un rigolo de cour de récré, mais un personnage officiellement toléré ,voire utile, dans les régiments suisses des Rois de France. Jusqu’en 1792, les Gardes Suisses ont assuré le maintien de l’ordre à Paris et la garde extérieure des palais royaux.
👉 Le rôle du loustic était de faire rire la troupe, désamorcer la fatigue, la peur, l’ennui être un clown !🤹♂️Un métier sérieux qui consistait à faire le mariole avec conviction 😌
Peu à peu, le mot quitte les casernes pour envahir la société civile 🏘️ et le le loustic amuse, mais il dérange. Il fait rire, mais on s’en méfie. Il n’est jamais tout à fait sage… ni tout à fait fiable 😏
D’où cette ambiguïté délicieuse que je retrouvais dans mes classes ; le loustic est à mi-chemin entre le boute-en-train et le trublion, entre le charme et l’agacement 😬😂
C’était l’élève espiègle, celui qui n’avait « ni foi ni loi scolaire », mais qui possédait le talent rare de 👉 faire rire même quand il ne fallait surtout pas .
Ces loustics enjoués, farceurs, agaçants, mais tellement drôles ,dont l’humour était un petit acte de résistance aux règles établies 😎✨
Malheureusement, il y avait les autres. Ceux qui tentaient d’être des loustics sans jamais arracher le moindre sourire 😐
Ceux dont l’humour sonnait faux, grinçait, dérapait.
Leur rire n’était pas un jeu.
Il avait le goût amer de la provocation, parfois de la menace.
Dans leurs regards, dans leurs mots, dans leurs gestes, il y avait déjà trop de violence pour l’enfance.
Ce sont eux qui m’ont fait craquer, les dernières années.
Non pas faute d’expérience, non pas par manque d’autorité.
Mais parce qu’un jour, malgré tout ce que l’on sait faire ,on découvre qu’on ne peut plus protéger.
Alors vient la désillusion
.Celle qui fissure les certitudes patiemment construites.
Celle qui oblige à admettre que l’école ne répare pas tout,
Comme un deuil, celui de l’espoir obstiné que l’on confondait avec le métier.
Pour ces enfants là, je ne pouvais plus rien faire.
Et l’admettre fut sans doute la leçon la plus dure à apprendre.
Je dois l’avouer.
Si je suis partie en retraite, ce n’est pas par lassitude.
Ce n’est pas l’âge.
Ce n’est pas le temps.
C’est à cause de cette violence qui s’est installée, jour après jour, comme une normalité 😐
Un jour, un enfant m’a planté un compas dans la cuisse.
Un geste sec, froid. sans cri.
J’ai signalé, raconté, dénoncé, demandé, réclamé de l’AIDE !
Et la hiérarchie en sa principale académique dont je tairai le nom, malgré l’envie de l’affubler de tous les noms d’oiseaux n’a rien voulu voir.
Bien au contraire, elle a minimisé, elle a soupçonné. elle m’a accusé.
La faute m’est revenue ,comme un boomerang, comme une sentence 😶
Ce n’était qu’un incident dans un contexte difficile, un enfant en souffrance « un pauvre petit bonhomne ! »
Elle a fait fit de ma parole, de mon témoignage, de mon impuissance.
Ma douleur fut relativisée.
Mon corps relégué au second plan 😔
Je suis devenue secondaire,
presque encombrante.
Il fallait que je tienne, que je comprenne et surtout que je m’adapte et que je me taise !
L’impuissance s’est installée, silencieuse et poisseuse.
Et avec elle, ce mal-être sourd, cette fatigue morale qui ne se voit pas mais qui use jusqu’à l’os 💔
Ce n’était pas l’enfant qui m’avait brisée.
C’était le silence qui avait suivi.
J’ai perdu la foi en l’école
.En sa capacité à protéger ceux qui la font vivre.
À nommer la violence
.À assumer ses failles 💔
Partir en retraite n’a pas été un renoncement.
C’était un acte de survie
Une façon de rester debout.
Je suis partie avec cette certitude douloureuse :on peut enseigner toute une vie
et un jour ne plus croire au lieu même qui nous a construite.

A demain




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